Le cœur de Flamarens

Il semble que je ne sois pas seule à rêver de sauver un jour un vieux château abandonné mais magnifique et de le faire revivre. En effet, la popularité du programme télévisé “Escape to the Chateau” de Dick et Angel Strawbridge prouve que la moitié du Royaume-Uni a le même fantasme et qu’il le satisfait, tandis que des centaines de britanniques ont franchi le pas et acheté leur propre château en ruines en France. Ils découvrent ensuite la douleur et le coût engendrés par la maîtresse si exigeante dont ils sont tombés amoureux.

Mais une telle passion, ou une folie selon la façon dont vous la regardez, n’est pas un phénomène nouveau. Ici à Flamarens, le petit village perché sur la colline est dominé par un château de conte de fées du XIIIe siècle. Abandonné dans les années 1930, il a pris feu lorsqu’il a été frappé par la foudre en 1943 et a perdu ses magnifiques toits de tourelles pointues. Il a subi de nouvelles indignités dans les années 1960 lorsque tout ce qui pouvait être vendu – cheminées en marbre, carrelages, sols, poutres – a été vendu.

En 1983, alors que les ronces commençaient à recouvrir les ruines du château qui allaient le faire disparaitre à jamais de la vue, un publicitaire parisien est arrivé et a realisé son conte de fée. Jacques Gadel a acheté les ruines et a passé les 27 dernières années de sa vie à restaurer la structure du bâtiment, aidé par ses enfants chaque fois qu’ils pouvaient s’échapper de leur travail. Depuis 10 ans, les rênes sont passées à Arthur, fils de Jacques, qui poursuit avec son épouse Marie-Hélène le projet de restauration. Le travail est sans fin. Mais au fur et à mesure que les années passent et que de plus en plus de plafonds et de planchers sont reconstruits, de surfaces carrelées et que plus de trésors architecturaux cachés sont découverts, les échos du glorieux passé du château sont lentement ramenés à la vie.

Beaucoup de choses se sont passées au cours des 700 ans d’histoire du château de Flamarens qui a fait partie de la dot de mariage de la nièce du pape Clément V. Forteresse pendant la guerre de 100 ans entre l’Angleterre et la France, il est devenu en 1466 le domicile de la famille de Grossoles, qui l’a fait évoluer avec l’ajout d’un corps de logis, d’un donjon, de 3 niveaux et d’une énorme tour.

La brillante et célèbre lignée a compté des personnages qui ont marqué leur temps : l’un a été envoyé en exil en Espagne après avoir pris part à un duel, un évêque « grand bâtisseur » est à l’origine de la construction de l’église de Flamarens et de chapelles de son diocèse, a achevé celle de la cathédrale de Condom, et un autre, chevalier de l’Ordre du Roi, fut sénéchal puis gouverneur de Mont-de-Marsan. Mais c’est un mariage avec une cousine d’Henri IV qui a rattaché la famille aux Bourbons, rois de France.

C’est probablement au XVIIIe siècle que le château connut son apogée lorsqu’il fut la résidence privilégiée de la marquise Marie-Françoise de Flamarens, parente de Madame de Sévigné, célèbre chroniqueuse de la vie à la cour du Roi Soleil, Louis XIV. Le château était alors réputé pour être « beau à l’intérieur et à l’extérieur  » et on ne peut qu’imaginer les fêtes et les divertissements à l’intérieur des murs du château et les voitures arrivant le long de la rue principale étroite se transformant en place devant les portes du château où l’on trouve maintenant les ruines en cours de restauration de la belle église de Saint Saturnin. Ou la peur au moment de la Révolution française, lorsque la famille s’est enfuie en Allemagne pour échapper à la mort.

Malheureusement, le château est tombé en disgrâce et a été vendu en 1880 lorsque la maison de Grassoles s’est éteinte après avoir produit 15 générations de marquis de Flamarens. Les nouveaux propriétaires, la famille Galard-Magnas, ne possédaient pas les finances nécessaires pour l’entretenir, notamment le toit en mauvais état. Ils n’eurent d’autre choix que de l’abandonner dans les années 1930 après avoir tenté de le vendre. Ils ont même envisagé de le donner à l’État en 1939 mais l’incendie a détruit tout espoir de sauvegarde.

Il faudra plus de 50 ans avant que le château ne soit à nouveau habité.

Comme autrefois, le château reste le centre d’intérêt du village et sert de toile de fond à de nombreux événements, des concerts en plein air aux reconstitutions historiques, mariages et festivals. Il offre également un lieu passionnant pour passer la nuit aux pèlerins qui se rendent à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Et cet été ne fait pas exception. À partir du jeudi 23 juillet, une série d’événements musicaux pour tous les goûts s’y dérouleront, précédés par une visite guidée du château. Quelle pourrait être une façon plus conviviale de passer une soirée d’été que de profiter de la musique et des produits locaux avec des amis en rêvant du passé ?

Michelle Martinez – juillet 2020

Musique’ Halles-Flamarens

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